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2 fois plus d’amour pour les grincheux! – Prédication Du 31 mars 2019 – Aix-les-Bains 15 avril 2019

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 9 h 42 min

Luc 15, 1-3 + 11-32

Ah, la famille… les histoires de famille… je suis sûre que nous en aurions tous à raconter. Au sein des familles, les sentiments sont exacerbés, on se construit avec ceux qui nous entourent, les plus proches, qu’on est censé aimer, comme si il y avait une obligation… Une exigence d’amour entre les membres d’une même famille… et quand on pose une exigence, et bien souvent ça ne fonctionne pas…

Le nombre de fois où on a dit à nos enfants : mais enfin, vous êtes frères et soeurs, vous devez vous aimer!!! Vous savez, comme ce commandement d’amour posé par Jésus dans l’Evangile : aimez-vous les uns les autres… Oui, on veut tendre vers ça, mais parfois, on en est incapable.

Cette semaine, une amie a demandé à Jeanne, ma fille, la moyenne, comment ça se passait avec sa grande soeur… parce que c’est à couteaux tirés en général… une véritable impossibilité de se trouver dans la même pièce. Sa réponse : ça va beaucoup mieux, on ne se dispute plus… Contentement de l’amie, heureuse de ce retournement de situation!! Et Jeanne de continuer : parce qu’en ce moment elle est à Londres!!

Ah oui, forcement, il y a moins de possibilité de se crier dessus quand l’autre n’est pas là!!

Alors, quand on lit cette histoire de fratrie… on comprend!! On comprend comme la famille peut enfermer, oppresser et comme on peut avoir envie de la quitter, de partir loin, très loin!! Chacun réagit à sa façon face à la famille… même avec la même éducation, même avec le même amour parental… Certains ont besoin de s’éloigner, d’autres de rester proches.

Les raisons sont tellement personnelles… parfois fondées sur des incompréhensions, sur des sentiments non partagés, sur des envies, sur des besoins…

Et c’est bien ce que nous constatons dans cette parabole, tellement connue qu’on a l’impression de ne plus rien pouvoir en retirer, qu’elle n’a plus rien à nous dire… et pourtant!

 

Vous les connaissez bien ces 2 fils… l’ainé et le cadet… L’ainé, attaché au père, le cadet qui veut vivre sa vie loin du carcan familial… Mais peut-être est-ce une conséquence de ce qu’était les règles de succession à l’époque : l’ainé prenait la suite du père. Voila ce qui nous est précisé dans le nouveau dictionnaire biblique : « le fils ainé héritait d’ordinaire le rang, la situation et les prérogatives de son père, il devenait chef de la famille ou de la tribu ; il héritait aussi une portion double des biens paternels! »

Ah, mais il est peut-être là le noeud du problème en fait dans la relation entre les 2 frères… le fils ainé hérite du double de son frère ainé!! Quand on lit le passage on nous dit que le frère cadet réclamant sa part d’héritage, de fortune, le père partage son bien entre les 2 fils. Dans notre esprit, cela signifie qu’il donne à chacun la même part, le même nombre de pièces.

Mais le terme grec utilisé pour parler de ce partage induit plus exactement l’idée de distribution, de répartition… on peut donc imaginer une juste répartition dans l’esprit de l’époque : plus pour l’ainée, moins pour le cadet… Donc, non, le problème n’est finalement pas là, ce n’est peut-être pas pour ça que le frère ainé ne se réjouit pas du retour du cadet…

 

Reprenons l’histoire depuis le début…

Le plus jeune frère fait sa crise… il réclame sa part de fortune pour s’en aller voir ailleurs si c’est mieux… Vous savez l’histoire de l’herbe toujours plus verte chez le voisin!! S’il part, c’est peut-être qu’il étouffe dans cette famille, c’est peut-être qu’il veut découvrir autre chose, c’est peut-être qu’il a l’esprit aventureux et qu’il veut partir à l’aventure, prendre la vie à bras le corps!!

Oui, il ose tenter autre chose que le shéma familial traditionnel… Bien sûr, il ne sait pas ce qui l’attend. Il imagine pouvoir vivre éternellement avec l’argent de papa qui est devenu le sien.

Lui, le cadet, n’est pas enfermé dans cette histoire de succession… ce n’est pas sur lui qu’on compte pour reprendre l’affaire… D’ailleurs, c’est peut-être parce qu’il a l’impression de ne pas compter dans les discussions familiales, de ne pas pouvoir donner son avis qu’il décide de claquer la porte… Peut-être là-bas, loin de chez lui, on l’écoutera, il se sera considéré…

 

Bon, c’est raté! Il fait la fête, il n’a plus d’argent et il décide de travailler… Bonne résolution! Mais finalement c’est un peu le principe de la vie d’adulte : travailler pour pouvoir se loger, se nourrir, se vêtir. On a vraiment l’impression d’avoir en face de nous un petit garçon de bonne famille qui découvre la vraie vie! Et la vraie vie est encore moins facile que celle qu’il vivait chez son père. Il l’avait fantasmée, peut-être trop, et il se retrouve, le nez dans la boue à regarder les cochons manger les caroubes.

 

Il a expérimenté, il se rend compte qu’il a fait l’andouille en dilapidant toute sa fortune, il se retrouve le ventre vide lorsque la famine s’abat sur le pays… Alors, il rentre en lui-même…

Vous me direz, c’est facile de rentrer en soi-même quand on n’a plus le choix… La prise de conscience est facile quand on n’a plus rien à manger… « Rentré en lui-même »… le verbe peut aussi être traduit par « arriver »… Comme s’il était arrivé au bout de quelque chose, il est arrivé au bout de son expérimentation, de sa petite crise… et étant arrivé, il se rend compte de ce qu’il peut faire ou pas, des chemins que l’on peut prendre ou pas… de ce qui nous fait chuter ou de ce qui nous élève…

 

Oui, il prend conscience… que son retour soit intéressé ou pas, il en a gros sur le coeur et ses propos sont forts… enfin, ceux qu’il se prépare à dire à son père : « “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi ; 19 je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes employés. »

La dignité du fils… Faut-il être digne pour que des parents aiment leurs enfants? Difficile de mettre les 2 notions sur un même niveau : dignité et amour… être digne d’être aimé… ça choque l’oreille… Pourtant c’est ce que nous vivons dans les relations humaines : il faut être digne, il faut mériter… Et les exigences sont souvent grandes pour atteindre cette dignité, ce mérite.

 

Et pendant que le fils prépare son retour, prépare son battage de coulpe, le père attend, triste, mais dans l’espérance de voir poindre la tête de son fils au loin…

Et quand il le voit, c’est le bonheur, le bonheur d’un père qui espérait sans rien attendre vraiment.

Et quand il se précipite vers lui, il n’a que faire d’une quelconque dignité, d’un quelconque mérite… Il n’a que son amour à donner. Tout cet amour qu’il n’a pas pu exprimer durant l’absence du fils, ce fils prodigue qui a tout dilapidé.

 

Le père est rempli d’amour et il est tout à sa joie d’avoir retrouvé son fils vivant et presqu’en bonne santé… Et le père sera perpétuellement dans la joie même face à son fils ainé qui ne comprend pas qu’on mette les petits plats dans les grands pour ce bon à rien!

 

D’ailleurs, arrêtons-nous sur ce grand frère… Qu’a-t-il fait durant tout le temps de l’absence du frangin? Et bien il a géré les biens du père, il a travaillé sur le domaine. Il a fait ce qu’il avait à faire… Et on imagine au domaine que tout le monde trouve ça normal que le fils ainé prenne la suite du père et l’aide dans le travail… D’ailleurs, personne n’a du se douter que le fils n’était pas d’accord…

Mais ses propos laissent à penser que sa vie ne lui plait pas du tout!!!

« Il y a tant d’années que je travaille pour toi comme un esclave »!!! Le père doit en tomber des nues… Est-ce cela qu’il souhaite pour son fils, certainement pas!

Le frère ainé est resté auprès du père mais ne vit pas la vie qu’il aurait souhaitée. Il s’est enfermé dans un rôle à tenir pensant que c’était ce que souhaitait son père. Mais comment un père peut désirer une vie d’esclave pour son fils!

Le fils avait sa part d’héritage, il avait même accès au domaine, il aurait pu tourner sa vie autrement, mais il a préféré la subir, se sacrifier, alors que personne ne lui avait rien demandé.

Et on peut comprendre que ce petit frère qui a décidé de partir à l’aventure l’exaspère au plus au point car au final il aurait certainement voulu faire comme lui, mais s’est inventé des chaines pour rester auprès du père. Le petit frère a osé ce qu’il n’a jamais osé… alors, il va même se permettre de le dénigrer auprès de son père : « lui qui a dévoré ton bien avec des prostituées »… nous n’en savons rien… d’ailleurs, lui-même n’en sait rien… mais il l’écrase… c’est la jalousie qui parle à la place du coeur…

 

C’est très bien cette histoire de frangins… mais cela nous dit quoi au final… Et bien cette parabole nous parle bien évidemment de Dieu, de ses enfants… et des relations qui peuvent se tisser entre ces enfants… Et ce n’est pas toujours très beau!

Cette parabole nous parle de l’amour inconditionnel de Dieu pour nous, cet amour que l’on prêche au moment des baptêmes… et durant les baptêmes, nous insistons sur le fait que si l’enfant plus tard fait le choix de laisser Dieu de côté, il aura toujours sa place car Dieu ne laisse personne de côté et son amour est pour tous, même lorsque nous nous détournons.

Oui, Dieu est triste de voir ses enfants se détourner de lui, certainement parce qu’ils ont mal compris son message, parce qu’ils ne veulent avoir de compte à rendre à personne, parce qu’ils pensent qu’ils sont enfermés dans une relation et ne veulent pas de chaine, parce qu’ils oublient que Dieu, ce n’est pas l’institution ecclésiale et que cette institution n’est constituée que d’hommes et de femmes, tous pareillement imparfaits…

 

Mais il est dans le joie du retour de ses enfants : la place est toujours prête, elle n’a pas été donnée à quelqu’un d’autre, elle n’a pas été débarrassée pour faire de la place à autre chose… les bras sont toujours grands ouverts pour accueillir…

 

Mais encore faut-il que les bras de ceux qui accueillent dans ce bas monde soient également grands ouverts! Car ce n’est que par ceux-là que l’on peut expérimenter concrètement l’amour de Dieu pour nous!

Et là encore, Dieu doit être bien triste de voir à quel point nous avons du mal à ouvrir les bras, à donner une seconde chance.

Dans cette parabole, il n’y a pas de face à face entre les 2 frères, et c’est tant mieux… On sait comment peuvent se terminer les histoires de fratrie dans la Bible… La première a d’ailleurs très mal commencé avec le meurtre d’un des frères.

 

Chacun a des rancunes, des regrets et fait porter sur l’autre la responsabilité des errances de sa vie.

Le frère ainé ne veut pas du retour de son frère, car il lui renvoie son incapacité à changer lui-même, à évoluer, à vivre tout simplement.

Voyez les termes qu’il utilise : esclave, commandement… Il est resté enfermé dans l’ancienne alliance, il vit sous la loi et n’est pas encore rentré dans le règne de l’amour… Il remplit bien toutes les petites cases, mais il a oublié de faire du lien et de donner du sens à tout cela… Oui, il est passé à côté de sa vie, mais en rejette la responsabilité sur son père.

 

Vous ne vous retrouvez pas un peu dans le frère ainé ? Comme on peut avoir du mal à se réjouir pour l’autre quand l’autre réussit quelque chose, quand l’autre est mis en avant, quand nous ne demeurons que spectateur! Mais comme le frère ainé en ne nous réjouissons pas avec les autres, nous passons à côté de ce qui fait la vie, la joie de la vie, comme il va se priver du repas de fête qui était préparé pour que tous se réjouissent!

Pourquoi avons-nous du mal à nous réjouir pour les autres (alors qu’en même temps, nous ne comprenons pas que les autres ne se réjouissent pas de notre bonheur ou de notre joie) : peut-être parce que finalement on ne connait pas assez ceux qui nous entourent, parce qu’on en a qu’une image très superficielle avec beaucoup d’a prioris que nous posons dessus… Parce que finalement, on ne les aime pas! On ne les considère pas comme des frères et des soeurs qui nous sont donnés à aimer… Et pire parfois, nous sommes comme le frère ainé qui se permet de dénigrer et de répandre des rumeurs sur le petit frère par pure jalousie, par pure méchanceté, pour camoufler sa détresse derrière des horreurs!

 

Car c’est souvent ceux qui sont les plus hargneux, les plus méchants, les plus grincheux qui sont les plus malheureux… Il faut les aimer 2 fois plus! Comme ce frère ainé à qui on donne 2 fois plus qu’à son frère!

 

Pour terminer, je voudrais vous laisser cette petite citation d’une série danoise sur une famille de pasteurs. Cette phrase, si on la mâche et qu’on la savoure, elle nous ouvre à de nouveaux possibles : « On prêche le Nouveau Testament… mais on vit dans l’Ancien »… on prêche l’amour, mais on veut que les gens rentrent dans des cases en obéissant à des commandements qui nous sont propres… on prêche l’amour, mais on juge, on condamne… on prêche l’amour mais on déborde de haine, de nuisance et de calomnie… on prêche l’amour mais pour les autres, loin de nous… parce que finalement, on ne sait pas faire avec l’amour, on est perdu, on perd nos moyens… on préfère continuer dans la maitrise complète du fiel!

 

Il nous faut lâcher prise, semer l’amour autour de nous, faire attention à nos propos, aimer sincèrement et profondément nos frères et nos soeurs! Ce n’est qu’ainsi que nous ferons émerger petit à petit le Royaume!

Amen

 

 

 

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