Pastourelle

une parole parmi tant d'autres, mais une parole quand même

 

Au diable la tentation – Prédication Du 10 mars 2019 – Chambéry 15 avril 2019

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 9 h 26 min

Romains 10, 8-13 ; Luc 4, 1-13

En relisant ce texte de l’Evangile de Luc qui nous est régulièrement proposé pour l’entrée en Carême, je me suis posée une question, qui ne m’avait jamais traversé l’esprit : mais qu’est-ce que Jésus est venu faire dans cette galère?? Et puis d’autres questions sont arrivées : à quoi peut bien servir ce passage ? Pourquoi Jésus jeûne ? Pourquoi laisse-t-il le diable s’approcher ? Pourquoi le suit-il ? Pourquoi, s’il avait faim, n’a-t-il pas simplement quitté le désert pour retourner à la ville et manger ?

Nous avons dans les Evangiles 2 récits sensiblement identiques de la tentation de Jésus au désert… Je ne compte pas celui de l’Evangile de Marc qui consiste en 2 petits versets peu développés : « 12Aussitôt l’Esprit le chasse au désert. 13Il passa quarante jours dans le désert, mis à l’épreuve par le Satan. Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient. »…

Entre Matthieu et Luc, il ne s’agit pas de la même histoire. 

Tout d’abord chez Luc, Jésus est poussé au désert par l’Esprit Saint, mais il n’y a pas de but précisé à ce séjour… Chez Matthieu, il en est tout autrement : « 1Alors Jésus fut emmené par l’Esprit au désert, pour être mis à l’épreuve par le diable. » Il y a un objectif à ce séjour désertique : mettre Jésus à l’épreuve… est-ce un rite initiatique pour voir de quelle façon il s’en sort, s’il est capable de ne pas succomber et donc de mériter amplement sa place et son titre de Fils de Dieu?

 

Ensuite, Jésus nous est présenté chez Matthieu comme jeûnant, comme si il s’imposait une discipline ascétique durant ce temps de retraite. C’est à la mode actuellement ces sortes de séminaires de jeûnes et méditations. Parfois, ce sont les Eglises qui les proposent, parfois des indépendants… et quand c’est le cas, c’est étonnant comme le jeûne peut couter cher!!

Chez Luc, Jésus ne mange pas… vous allez me dire : c’est exactement la même chose : s’il ne mange pas, c’est qu’il jeûne… mais pourquoi ne pas employer ce mot alors… Pour ma part, j’ai l’impression, en lisant ce passage de Luc que Jésus n’a pas prévu de ne pas manger, mais simplement qu’il n’a pas faim, ce n’est pas un exercice spirituel, méditatif, mais juste un manque d’appétit.

 

Pourquoi manque-t-il d’appétit? Pourquoi n’a-t-il pas faim? Parce qu’il est rempli de tout autre chose! Rappelez-vous : il vient juste d’être baptisé, en très peu de temps, en quelques secondes certainement, l’Esprit est descendu sur lui et une voix que l’on peut considérée comme Dieu l’a désigné comme le fils bien aimé… Cela fait beaucoup de choses à digérer… C’est une relation particulière qui s’était déjà nouée dès la naissance, mais qui prend un nouvel élan qui s’est manifestée lors de ce baptême. Une relation d’amour entre un père et son fils. Et un des symptômes de l’amour c’est le manque d’appétit, parce que l’amour remplit tout et qu’il n’y a aucun besoin de combler un quelconque vide, même s’il est physiologie comme la faim. Bien évidemment, cela ne dure qu’un temps… même pour Jésus puisqu’au bout de 40 jours, il a faim! Le corps physique reprend le contrôle et a besoin de faire le plein d’énergie…

 

Enfin, encore une différence de taille concernant la tentation. Nous avons en tête que Jésus est tenté à la faim de ses 40 jours, 40 nuits passés dans le désert… C’est effectivement le cas dans l’Evangile de Matthieu. C’est ainsi que cela est présenté : « Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. 3Le tentateur vint lui dire… »

Mais chez Luc, il en est tout autrement car selon l’évangéliste, c’est durant les 40 jours que Jésus est tenté et durant 40 jours qu’il résiste au diable et à ses propositions…

Et ce n’est pas la même chose que de lutter 40 jours ou de lutter quelques heures (même si on ne sait pas sur combien de temps se sont déroulées les 3 tentations développées dans les Evangiles).

 

Restons chez Luc. Imaginez un peu Jésus, isolé au désert, ne mangeant pas et étant assailli tous les jours, tout le temps, de façon incessante par le diable. On ne sait pas ce que pouvaient être les tentations durant ces 40 jours, mais cela ne devait pas être des plus agréables.

Mais voila, au bout de ces 40 jours, il se passe quelque chose : Jésus a faim!!

Je ne sais pas combien d’entre vous ont entrepris des jeûnes dans leur vie… Pour ma part, je n’ai jeûner que pour le climat, il y a quelques années… et bien 1 journée était bien suffisante pour me faire prendre conscience de ma faim et de mon incapacité à jeûner plus longtemps…

Et quand on a faim … on est plus faible … alors le diable tente sa chance. Il n’a rien réussi à faire avec un Jésus en possession de toutes ses capacités, mais avec un Jésus affaibli, il a peut-être une chance d’arriver à ses fins et de le faire chuter… dans la tentation!

 

Et le voila qui commence par quelque chose de très pragmatique : si tu as faim change cette pierre en pain.

J’avoue que si j’avais été à la place de Jésus et que j’avais eu faim, je n’aurais pas attendu que le diable vienne me proposer des méthodes de transformation de pierre en nourriture… Je me serais levée et j’aurais quitté le désert pour regagner la ville et trouver un petit quelque chose à manger !

 

Mais je n’étais pas à la place de Jésus… changer une pierre en pain, c’est tentant quand on a faim… mais Jésus préfère citer les Ecritures et ces Ecritures disent que l’être humain ne se nourrira pas de pain seulement… C’est d’ailleurs ce que Jésus a fait durant 40 jours : il s’est nourri d’autre chose que de pain!

Le diable n’abandonne pas pour autant, il va jouer sur un autre registre : celui du pouvoir, de l’autorité, de la puissance. Pour atteindre tout cela, Jésus n’a qu’à se prosterner devant lui… Mais Jésus n’est pas intéressé et cite encore les Ecritures, celles qui disent que c’est seulement devant Dieu qu’il faut se prosterner.

Le diable, à la 3ème tentation a saisi la méthode de Jésus : s’appuyer sur les Ecritures pour se détourner de la tentation, alors il va user de cette technique pour appâter Jésus : il décide de s’appuyer sur les psaumes pour le faire chuter. C’est le psaume 91 qu’il cite : « 11Car il donnera pour toi des ordres à ses messagers pour te garder dans toutes tes voies ;

 

12ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »

 

Mais Jésus ne se laisse pas berner par cette provocation aux versets bibliques. Il va certes en proposer un dernier au diable, tiré du Deutéronome, à quelques versets des 10 commandements : tu ne provoqueras pas le Seigneur ton Dieu !

 

Le diable comprend alors qu’il a perdu la bataille… mais pas la guerre car il s’éloigne de Jésus pour un temps en espérant pouvoir le faire chuter plus tard. Mais quel est ce plus tard? Il faut sauter quelques chapitres… pour se rendre compte que le diable va trouver un autre canal pour faire chuter Jésus… ne pouvant s’en prendre directement à lui, il va prendre possession d’un de ses proches : « Alors Satan entra en Judas… » et vous connaissez la suite. Judas va trahir Jésus, le vendre aux grands prêtres et précipiter la mort de Jésus.

 

2 remarques sur ces tentations.

La 1ère, ceux qui ont lu réforme la connaissent déjà : Jésus cite les Ecritures : « il est écrit… ». Le diable pour la 3ème tentation décide d’imiter le phrasé de Jésus et lui aussi insiste sur le « il est écrit », c’est alors que Jésus va changé de paradigme et répondre par un « il est dit » alors même qu’il cite les Ecritures. D’un côté, il montre sa distance par rapport au diable : ils ne seront jamais sur la même fréquence ; d’un autre côté, Jésus pose une réalité qui va se dévoiler petit à petit dans la suite de l’Evangile : Jésus est la parole incarnée ! Le « il est écrit » pose quelque chose qui peut être dépassé… ça a été écrit… oui, mais aujourd’hui qu’en est-il… Le « il est dit » rejoint la parole événement de Dieu dans le livre de la Genèse : Dieu dit et les choses adviennent, le monde s’ordonne. Il suffit d’une parole pour que cela soit.

Finalement Jésus n’a pas besoin de se justifier par les Ecritures, il est cette Parole et le diable ne pourra plus rien contre lui dans cette joute verbale.

 

La 2nde remarque concerne les déplacements de Jésus. Il est dans le désert, le diable vient l’enquiquiner mais Jésus ne va pas lui tourner le dos et l’ignorer. Au contraire, on peut avoir l’impression que Jésus est curieux de ce que le diable va bien pouvoir inventer pour s’attaquer à lui…

Voyez comme le diable conduit Jésus : il le conduit plus haut, puis il le conduit à Jérusalem et le place en haut du temple… Et Jésus se laisse faire ! Oui, il se laisse faire, mais ne se laisse pas tenter. Il n’a pas peur d’être confronté au diable, il a les moyens lui permettant de lui résister. Il peut ainsi être confronté à lui sans aucune crainte : il ne chutera pas! Alors, il se laisse promener par le diable peut-être aussi pour voir de quoi le diable est capable, ce qu’il est en capacité d’inventer… Mais ce sera peine perdue pour le tentateur qui n’arrivera à rien!

 

Nous sommes un peu différents… nous avons tendance à fermer les yeux pour ne pas voir l’objet de tentation… Si on vous fait passer des gâteaux alléchants, mais que vous ne pouvez pas en manger, vous allez vous cacher les yeux pour ne pas succomber!!

 

Enfin, une interrogation, et pas des moindres, concernant le diable, personnage central de ce passage de Luc… Qui est-il?

Il y a encore peu de temps dans nos Eglises protestantes, on nous mettait en garde contre le diable qui pouvait prendre différentes formes pour nous faire chuter… Pour ma part, je me souviens d’une photo dans mon livre de catéchisme… C’était la photo d’une sculpture d’un homme, d’un bel homme, tenant une pomme à la main… et derrière lui, on voyait poindre la tête d’un serpent… Et la légende disait : il faut se méfier du diable qui peut prendre les apparences d’un beau jeune homme !

Autant vous dire que c’est quelque chose qui m’a perturbée… se méfier de tout ce qui peut être beau… et qui peut tenter… et qui peut faire chuter…

Ah, ce diable qui peut surgir à n’importe quel coin de rue juste pour nous faire du tort… je pense que ça a traumatisé des générations et des générations !

 

Alors, qui est ce diable?

On peut avoir 2 lectures : la 1ère : le diable est personnifié, c’est quelqu’un qui se tient à côté de moi et qui veut ma perte… qui me m’éloigner de Dieu… ; la 2nde : le diable et ses tentations représentent le combat interne que je peux livrer lorsqu’un choix se pose à moi…

 

Ces derniers jours, le diable est venu interférer dans l’actualité… Vous en avez certainement entendu parler… difficile de passer à côté… Le pape François a pris la parole concernant la pédophilie dans l’Eglise. Il avait déjà condamné ces abus, avait ciblé la responsabilité et la culpabilité de l’Eglise dans ces scandales…. Mais dernièrement, une petite phrase a fait perdre tout espoir aux victimes, une petite phrase qui vient intégrer Satan au scandale.

Voici ses paroles : «Dans les abus, nous voyons la main du mal qui n’épargne même pas l’innocence des enfants», les prêtres pédophiles devenant des « instruments de Satan »…

 

Je ne veux en aucun cas jeter le discrédit sur l’Eglise catholique, ni sur ses prêtres… tout d’abord parce que notre Eglise n’est pas non plus à l’abri de scandale et qu’il faut se garder de jeter la pierre… mais ensuite parce que l’Eglise catholique a plus besoin de nos prières que de nos condamnations… la justice commençant enfin à jouer son rôle dans ce domaine et les victimes pouvant enfin  être considérées comme tel ! Il nous faut là tirer des enseignements constructifs pour que ces drames ne se reproduisent plus!

 

Mais avec ces propos du pape, pouvons-nous vraiment tirer des enseignements constructifs ?

Car en intégrant Satan dans ces perversions, ne déresponsabilisons-nous pas les coupables? Si c’est le mal qui a pris possession d’eux, sont-ils responsables de leurs actes ? Peut-on les condamner pour cela?

Lorsqu’un acte mauvais est commis, doit-on forcement conclure que l’auteur de l’acte est lui aussi victime du mal qui a pris possession de lui?

 

Oui, bien souvent les pédophiles ont eux-mêmes été abusés enfant… mais tous les enfants abusés ne deviennent pas pédophiles, tous les enfants battus ne battent pas leurs propres enfants… Il y a des choix qui se posent à nous et nous seuls sommes responsables du chemin que nous allons prendre.

C’est un combat intérieur que nous avons à mener : puis-je faire cela? ai-je le droit de faire cela? Quelles en seront les conséquences? Vais-je faire du tort à quelqu’un? Vais-je me faire du tort? Est-ce que cela tend vers le bonheur que Dieu veut pour moi? Et est-ce que cela tend vers le bonheur que Dieu veut pour mes frères et soeurs?

Pour revenir à ces prêtres, hommes de Dieu, comment ont-ils pu trahir à ce point le message de l’Evangile? Comment ont-ils pu utiliser leur pouvoir conféré par l’Eglise pour détruire des êtres humains, des enfants?

N’ont-ils pas eu conscience à un moment qu’ils avaient choisi la mort plutôt que la vie : la mort pour leurs victimes, la mort pour eux-mêmes.

Jésus dans le désert répondait au diable en citant le Deutéronome… Ce Deutéronome qui doit nous parler encore aujourd’hui :

15Regarde, j’ai placé aujourd’hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur. 16Ce que je t’ordonne aujourd’hui, c’est d’aimer le SEIGNEUR, ton Dieu, de suivre ses voies et d’observer ses commandements, ses prescriptions et ses règles, afin que tu vives et que tu te multiplies, et que le SEIGNEUR, ton Dieu, te bénisse dans le pays où tu entres pour en prendre possession. 17Mais si ton cœur se détourne, si tu n’écoutes pas et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir, 18je vous le dis aujourd’hui, vous disparaîtrez ; vous ne prolongerez pas vos jours sur la terre où tu entres pour en prendre possession en passant le Jourdain. 19J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta descendance, 20en aimant le SEIGNEUR, ton Dieu, en l’écoutant et en t’attachant à lui : c’est lui qui est ta vie, la longueur de tes jours, pour que tu habites sur la terre que le SEIGNEUR a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob.

 

Amen

 

 

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