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Les rois de la contradiction – Prédication Du 14 avril 2019 – Aix-les-Bains 15 avril 2019

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 9 h 54 min

Luc 19, 28-40

Nous sommes bien le dimanche des rameaux… et si vous avez été attentifs à la lecture de l’Evangile : pas de rameaux dans ce récit!! J’avoue que je n’avais jamais fait attention à ce détail… Non, dans Luc, pas de rameaux, chez Jean, pas de vêtements… mais chez Matthieu et Marc, rameaux et vêtements!

Et le fait de focaliser la scène sur les vêtements, c’est une façon de montrer de quelle manière les hommes et les femmes présents ce jour-là sont prêts à se séparer de leur richesse pour accueillir le Seigneur, celui qu’ils vont acclamer comme roi.

Oui, à l’époque, pas de garde robe gigantesque avec des dizaines et des dizaines d’habits (voire des centaines)… non, quelques habits seulement, ils étaient précieux, on en prenait soin, on les rapiéçait…. Et pourtant, les disciples sont prêts à se séparer de leurs vêtements pour faire une selle confortable à Jésus monté sur cet ânon! Jésus va donc poser ses fesses, dessus!

Et ces vêtements que la foule de disciples pose à terre… ils vont être foulés par les sabots de l’ânon, ils vont prendre la poussière, peut-être être déchirés…

Et pourtant, c’est une joie pour ces hommes et pour ces femmes que de mettre à disposition leurs habits pour faire une selle à Jésus et un tapis à l’ânon, tout comme ils accueilleraient un roi, ils font avec les moyens du bord pour accueillir dignement Jésus, leur Seigneur, celui qu’ils vont désigner comme roi et dont ils vont proclamer la grandeur!

Ce qui pourrait être considéré comme abaissement, comme gâchis va se retourner pour paraitre honoré!

Avec Jésus, nous approchons donc de Jérusalem…

Ah Jérusalem ! Jérusalem la splendide, Jérusalem la sacrée, la sainte, Jérusalem la loyale, la royale.

 

Que ne trouve-t-on de qualificatifs pour cette ville dans nos textes bibliques. Jésus pleure même sur elle et sa destruction est annoncée.

Cette ville aujourd’hui encore est au centre de débats, de conflits : les religions se la disputent, elles en font un sanctuaire. Les chrétiens ne sont pas en reste, l’habillant d’or, de diamant, de vitraux… enfin de tout ce qui peut faire briller les lieux symboliques du ministère du Christ sur terre. Ah oui, les parures, les métaux précieux sont bien loin de la figure de Jésus juché sur un ânon ! Que nous est-il arrivé pour aboutir à autant de trahison… même parfois intellectuelle : comment d’une telle simplicité avons-nous réussi à mettre en place des systèmes de pensée et de réflexion théologiques aussi complexes ?

Mais nous aimons chercher la petite bête, nous disputer sur des mots, prouver que nous avons raison. Certes, il est vrai que nous n’avons entre les mains qu’une traduction d’un texte grec qui relate des propos tenus en hébreu et en araméen… de quoi multiplier les incompréhensions et les mésententes. Et les paroles de Jésus relatées dans les Evangiles ne sont pas toujours d’une clarté étincelante… ce n’est pas pour rien que les disciples se faisaient régulièrement rabrouer par Jésus : ils ne comprenaient pas tout et répondaient souvent à côté de la plaque ! Mais heureusement qu’ils étaient là pour poser les bonnes questions et pour aujourd’hui nous éclairer !

 

Alors, nous voici à l’approche de Jérusalem, à l’approche de Bethphagé et de Béthanie.

Nous parlons de Jérusalem, mais qu’en est-il des autres villes citées ? Etait-ce vraiment nécessaire de nous préciser clairement la position GPS de Jésus ? Ce sont 2 villages à proximité de Jérusalem près desquelles Jésus décide de faire une pause. Pourquoi donc insister sur ces villages ?

Vous le savez, les noms en hébreu veulent toujours dire quelque chose, alors que signifie cette allusion à ces villages ?

Beth, c’est la maison, on le retrouve dans Bethleem, la maison du pain ; Bethphagé, c’est la maison des figues pas mûres, Béthanie, la maison des dattes pas mûres.

 

Vous l’avez donc compris, rien n’est mûr ! Rien n’est fini, rien n’est accompli. Tout est en cours, tout est inachevé. Et c’est bien cela la fête des Rameaux : un inaccompli, c’est même la fête des contradictions.

Fête des rameaux, fête des manteaux étendus par terre : drôle d’histoire que celle de cette entrée à Jérusalem.

Drôle d’histoire qui commence avec cette demande insolite de Jésus à ses disciples : « Allez au village d’en face. Vous y trouverez un ânon sur lequel aucun homme ne s’est jamais assis. Amenez-le moi ». Et comme si tout le monde s’était donné le mot, personne ne s’offusque lorsque les disciples empruntent cet ânon. Un ânon, rien à voir avec nos moyens de locomotion actuels. Mais lorsque Jésus entre ainsi dans la ville sainte de Jérusalem, les disciples, les foules se souviennent que bien des années auparavant, le prophète Zacharie avait annoncé la venue du Sauveur en disant : « Jérusalem, ton roi vient à toi, plein de douceur et monté sur un ânon ».

 

C’est bien un roi qui entre dans Jérusalem, sur une monture humble et pacifique, mais un drôle de roi. Quelques jours plus tard, on inscrira sur la Croix : « Celui-ci est le roi des Juifs ». Quelle erreur… il est le roi de tous les hommes !

C’est une journée de fête avec la joie des disciples, et les cris d’acclamation qui sont lancés vers le ciel, mais c’est une drôle de journée de fête, où Jésus va aussi pleurer sur Jérusalem, et se mettre en colère contre les vendeurs qui tiennent boutique jusque dans le temple.

C’est une drôle d’histoire, où la foule acclame Jésus, où le peuple se prosterne devant lui, dépose les vêtements à ses pieds, ou plutôt aux pattes de l’ânon, où tous sont suspendus aux lèvres de Jésus lorsqu’il enseigne… Tous, non : les pharisiens, les scribes, les chefs du Temple pendant ce temps d’allégresse cherchent à se débarrasser de Jésus. D’ailleurs la foule elle-même, quelques jours plus tard aura transformé ses acclamations de joie en cris de haine et de mort et hurlera « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »
Drôle d’histoire, drôle de roi, drôle de fête…

 

Que retenir de ce passage, mis à part un paradoxe ultime ! Que de contradictions en si peu de lignes !:

- une fête qui mène à la mort

- une foule en liesse qui acclame son roi et qui quelques jours plus tard souhaitera sa mort

- des disciples qui débordent de joie, d’enthousiasme et qui peu de temps après laisseront Jésus seul dans l’épreuve, qui auront peur d’être reconnus comme ses disciples et s’enfuiront au moment du supplice.

Mais dès sa naissance, les choses avaient été clarifiées par Siméon : « Voici – cet enfant est comme un signe qui provoquera, qui mettra à nu la contradiction ».

Ce qui est étonnant ici, c’est que Jésus accepte ces contradictions et ces ambivalences. Il accepte d’être acclamé, d’être proclamé roi par la foule qui le rejettera, et par les disciples qui le renieront et l’abandonneront. Il laisse dire. Il accueille ce qui peut être dit à ce moment-là.

Il ne fait aucun reproche.

 

Nous aussi, nos vies sont habitées par toutes sortes de contradictions, ce que nous sommes et ce que nous voulons être, ce que nous laissons voir et ce que nous cachons, ce que nous clamons haut et fort comme nos convictions, et ce que nous parvenons péniblement à accomplir dans nos actions, ce que nous disons sans le faire, ce que nous faisons sans y croire…

 

Ces contradictions sont un peu partout : dans notre identité et notre vision de nous-mêmes, dans nos relations avec les autres, dans nos pensées, jusque dans notre relation avec Dieu.

Nous voulons croire et vivre dans la vérité de Dieu, et dès que la Parole est trop précise, dès qu’elle nous implique, et bien, nous nous trouvons des excuses pour nous esquiver. Nous faisons quelques pas en avant puis quelques autres en arrière…

 

Mais ce matin, il y a une Bonne Nouvelle pour nous, une parole du Seigneur. Parce que Jésus est celui qui peut révéler ces contradictions, ce que nous ne pouvons pas faire seuls. Révéler nos contradictions, c’est ouvrir à la vie, à la vie en vérité. Face à Christ, nous sommes nus, nous ne pouvons rien cacher. En révélant nos contradictions, il nous révèle à nous-mêmes.

 

Et il fait cela, non en nous jugeant, mais en venant habiter toutes nos contradictions humaines. Il est devenu contradiction pour Dieu, puisqu’il est devenu homme, il s’est vidé de sa divinité, il s’est vidé de sa condition, il s’est vidé de sa vie jusque dans la mort. Mais la mort et la contradiction n’ont pas eu le dernier mot, puisqu’à l’aube du 3ème jour, le tombeau était vide et Lui vivant.

La Parole que Dieu nous adresse aujourd’hui, c’est que, jusque dans nos contradictions, Dieu est présent contre toute attente, nous pouvons trouver le chemin de la guérison, de réconciliation, hors de nos contradictions. Parce que Dieu lui-même est venu en Jésus-Christ habiter nos contradictions.

Et il a ouvert un chemin de vie, un chemin de paix que Dieu veut pour nous.

La Bonne Nouvelle, c’est que la Croix est une porte. Et cette porte nous permet d’entrer dans la présence de Dieu qui nous réconcilie, nous unifie, qui nous pacifie.

 

Alors, entrons, la porte est ouverte ! Et réjouissons-nous, ce n’est pas la porte d’entrée sur Jérusalem qui ouvre, durant la fête des rameaux, sur des cris d’allégresse qui s’étoufferont à Pâques dans des cris de haine. Non, il s’agit d’une porte qui ouvre à la vraie joie, à la véritable allégresse si tant est que l’on prenne les actes du Christ vraiment pour nous, à cœur. Amen.

(reprise en partie d’une prédication de 2013)

 

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