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Si j’étais à sa place – Prédication Du 7 avril 2019 – Albertville 15 avril 2019

Classé dans : Prédications — pastourelle @ 9 h 50 min

Jean 8, 1-11

Cette semaine j’ai fait une rencontre assez particulière, totalement inattendue… J’ai rencontré un ancien militaire. Je dois vous avouer que si mon coeur a longtemps hésité entre l’armée et l’Eglise, aujourd’hui, je ne suis pas vraiment fan des militaires.

Mais voila, cet ancien militaire, je ne l’ai pas rencontré n’importe où, non… Il était dans la ruelle du temple à Chambéry… allongé par terre… Il m’a fait peur, j’ai cru qu’il était mort.

Et je ne suis pas bien fière, mais en le voyant au loin, à moitié dans la pénombre, je me suis dit : et voila, va falloir que je m’arrête, je ne peux quand même pas passer à côté sans rien faire… ça va encore me prendre du temps, de l’énergie, j’ai autre chose à faire : oui, j’avais le culte de louange quelques temps après… Oui, j’ai pensé que ce type allait déranger le cours tranquille de ma soirée, de toute mon organisation bien anticipée…

Alors je me suis penchée vers lui, mais pas de trop près parce que je ne savais pas s’il pouvait être violent ou pas… « Monsieur… ça va?? »… C’est totalement idiot comme question quand j’y pense! Vous avez un type qui est allongé par terre au milieu d’une ruelle et vous lui demandez comment il va… Ah mais il va très bien, pas de souci!

Il n’était pas mort… il s’est réveillé et m’a tout de suite dit : « je suis bourré! »… Ce qui semblait assez logique au final!

Je l’ai aidé à se lever, d’ailleurs cela devait être assez cocasse à voir car il était beaucoup plus lourd que moi… et pas vraiment stable sur ses jambes!

 

Il était gentil… il m’a dit « t’es sympa toi »… Il m’a demandé où on était… Je lui ai répondu : à Chambéry… Il m’a dit : «  à Chambéry il n’y a que des éléphants »… Il voulait prendre sa voiture… Je lui ai dit que c’était une mauvaise idée… Et au final, on est allé au temple ensemble. Il avait besoin de se confesser… ancien militaire, ancien commando, il a tué : des hommes, des femmes… peut-être des enfants. En Irak, en Bosnie, en Afghanistan…

Il se demandait comment Dieu pouvait l’aimer… Parce que lui, n’était pas vraiment digne, et qu’il s’en voulait. Et vu son état, on pouvait facilement comprendre le traumatisme vécu par cet homme.

Un homme qui, quelques années auparavant, devait être un militaire costaud, aventureux, prêt à tout… et qui se retrouve aujourd’hui à terre… plus bas que terre.

Et moi, pas fan des militaires en train de lui dire qu’il obéissait à des ordres, qu’il n’était pas à l’origine de ces guerres, que c’était peut-être, voire certainement, un mal pour un bien…

Moi, en train de, non pas lui remonter le moral, mais de lui dire que malgré tout ça, Dieu l’aime… vraiment à l’image du fils prodigue qui a fait des choses dont il n’est pas fier, qui ne se sent pas digne… et qui pourtant est accueilli par son père les bras ouverts!

 

A l’image du fils prodigue, mais pas que… à l’image aussi de cette femme qu’on traine au milieu de la foule pour être lapidée parce qu’elle a commis l’adultère… Et le Lévitique est clair sur le sujet : cette femme doit mourir, doit être lapidée!! Bon, les scribes et les pharisiens ont juste oublié que le verset en dit un peu plus : « Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l’homme adultère aussi bien que la femme adultère. » (Lev 20, 10)… Bon, ça fait quasi 2000 ans qu’on cherche l’homme qui aurait du accompagner la femme au milieu de la foule pour subir lui aussi la lapidation… Mais peut-être cela nous permet-il de nous dire que nos actions, nos paroles auraient pu nous mener aux côtés de la femme, pointés du doigt, condamnés, jugés, prêts à recevoir la peine capitale!

 

Oui, cet homme rencontré dimanche dernier aurait pu être le fils prodigue et aurait pu se trouver lui aussi aux côtés de la femme car l’Ecriture est précise sur les meurtres et sur ce qu’encourent les meurtriers : « Qui frappe un homme à mort sera mis à mort. » (Ex 21, 12)… Et c’est certainement la place qu’il aurait voulu prendre pour expier toutes les horreurs commises…

Et de loin, lorsque nous voyons les horreurs des guerre, loin de chez nous, et que nous savons que des hommes et des femmes, des compatriotes, tuent d’autres hommes, d’autres femmes, pour faire régner la paix… nous sommes bien contents que cela se passe loin de nous et nous sommes enclins à condamner ces militaires qui ne font que tuer, qui n’ont que du mépris pour les populations locales, qui ne font pas de différence entre des terroristes et des enfants…

Mais ce sont des hommes et des femmes qui estiment faire leur devoir, ce sont surtout des hommes et des femmes qui reviennent traumatisés par ce qu’ils ont vu et par ce qu’ils ont fait… et non, ils n’en sont pas fiers!

 

Dimanche j’ai donc rencontré un ancien militaire abimé par tout ce qu’il avait pu faire. Il était heureux de me rencontrer, heureux de pouvoir prier quelques instants au temple, heureux de faire une pause dans cette journée et certainement cette semaine désenchantées… Mais moi aussi j’ai appris, moi aussi j’ai été nourrie par cette rencontre : j’ai du laisser de côté mes a priori, mes jugements sur l’armée et ses militaires pour faire face avant tout à un homme perdu. C’est déstabilisant d’essayer de rassurer quelqu’un quant à ses actes commis, des actes horribles… de le rassurer non pas seulement dans sa dignité, mais également quant à sa place d’enfant de Dieu!

Parce que oui, je lui ai dit : « malgré tout ce que tu as fait, Dieu t’aime »… oui, c’est ce que j’espère!

 

Mais pour les pharisiens et les scribes de l’Evangile, il n’y a pas de seconde chance, il n’y a pas de place à l’amour, il n’y a que de la place pour la haine…

Mais je vais m’arrêter tout de suite sur cette généralité faite autour des scribes et surtout des pharisiens… On a l’habitude de les considérer comme orgueilleux, hypocrites, cupides, insensés, aveugles et on en passe… Voici ce que relate Antoine Nouis dans son ouvrages sur « nos racines juives ». Il dit que nous trouvons « un texte écrit par des pharisiens qui fait la liste de 7 sortes de pharisiens :

  • le pharisien plastronner qui affiche ostensiblement ses bonnes actions
  • le pharisien temporisateur qui dit : « attendez, jusqu’à ce que j’aie fait cette bonne action »
  • le pharisien pilon qui marche la tête inclinée, tel un pilon de mortier, en signe de fausse humilité
  • le pharisien calculateur qui, lorsqu’il a fait une faute, accomplit une bonne action pour la compenser
  • le pharisien prévoyant qui accomplit un précepte pour pouvoir en violer un autre de même importance
  • le pharisien par crainte, comme Job
  • enfin, le pharisien par amour, comme Abraham, c’est e sul qui est aimé de Dieu.

Le texte ne nous dit pas quelle est la proportion de chaque sorte de pharisiens… Mais surtout ce texte nous dit qu’il ne s’agit pas de critiquer les pharisiens comme représentants d’un courant religieux, mais de critiquer un mauvais positionnement devant Dieu… Et Antoine Nouis nous invite à relire le Nouveau Testament en mettant à la place de « pharisien », « chrétien »… ce n’est pas réjouissant…

 

Revenons à ce passage car, c’est étonnant ces pharisiens là ne supportent pas Jésus, pourtant leur vie tourne autour de lui… Dans les récits d’Evangile qui ne sont que des bribes de vie de Jésus, nous découvrons des opposants qui ne vivent que par cette opposition. Ils haïssent Jésus, mais il est le centre de leur vie… Et la pauvre femme qui est conduite ce jour-jà au milieu de la femme, comme prétexte pour faire chuter Jésus, ne sait peut-être pas même qui est cet homme, elle ne sait certainement pas que sa vie est entre ses mains. Un peu comme les gladiateurs au cirque qui sont suspendus au verdict de l’empereur : pouce levé, pouce baissé, c’est leur destin qui est entre ses mains.

 

Les pharisiens et les scribes attendent le verdict… la foule aussi certainement : que va dire Jésus?… Et bien, il ne dit rien! Devant l’insistance de ces hommes, il se baisse et écrit de son doigt dans la terre! Ce doigt que certains ont pointé vers la femme pour la condamner, ce doigt que l’on pointe vers Jésus pour l’accuser… ce doigt, Jésus s’en sert pour écrire, pour poser un acte de paix, ce doigt de Jésus, il ne vise personne, il ne condamne personne, il n’accuse personne… il écrit… certains ont même traduit par un « il dessine », il griffonne… En lisant cette version avec le verbe « dessiner », j’ai repensé aux calepins qui étaient disposés près des téléphones fixes… Ces anciens téléphones qui nous empêchaient de nous éloigner du cadran pour cause de fil trop court… Des calepins qui servaient à prendre des notes, noter des rendez-vous, des informations importantes, mais que l’on griffonnait abondamment, quand l’interlocuteur au bout du fil s’étendait dans des monologues interminables… On griffonnait pour passer le temps, en attendant que ça passe… En se disant que peut-être l’autre allait se lasser, allait se rendre compte qu’on n’était pas vraiment intéressé par ses propos…

 

Comme sur ces calepins, Jésus griffonne pour passer le temps ou plus exactement pour laisser le temps à ses interlocuteurs de se calmer, de faire baisser la tension palpable. Il les déstabilise : ils attendaient une réponse théologique, ils attendaient de pouvoir l’attaquer sur cette réponse, mais il ne répond rien, il se baisse tout simplement… Cela pourrait être pris comme un geste de soumission à tous ces sachants… Mais non, il prend du recul, de la distance par rapport à la situation, il ne veut pas leur faire croire que la violence sera au rendez-vous. Il se tait, se baisse et écrit… Finalement, ce qu’il écrit ou ce qu’il dessine est totalement secondaire, c’est la pause qu’il impose qui prend toute son importance.

 

Mais les scribes et les pharisiens ne sont pas complètement calmés… Ils veulent vraiment avoir une réponse de Jésus… s’ils avaient su, ils se seraient abstenus! Car ils vont l’avoir cette réponse, et elle ne sera pas celle attendue : « Que celui de vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! »

 

Si on continue dans la thématique, on peut dire que Jésus vient de jeter un pavé dans la mare! Et ça fait des remous… Elle est lapidaire cette interpellation… Chacun est appelé à se reporter à lui-même, à prendre une autre unité de mesure : il y a la loi, et il y a ce que les hommes et les femmes sont en capacité de faire : il y a un écart entre les deux et les pharisiens et les scribes, tout haineux qu’ils soient sont obligés de se dire qu’eux-mêmes ne comblent pas cet écart. Qu’ils sont loin de la loi, qu’ils ne sont pas sans péché… et que peut-être, eux aussi pourraient se trouver à côté de la femme, au milieu de la foule, soumis au jugement et à la condamnation!

 

Mais Jésus n’a pas non plus l’intention de les juger : il ne reste pas debout, face à eux, les fixant des yeux d’un air satisfait : « vous ne vous y attendez pas à celle-là!!!… Et vous dites quoi maintenant?? ». Non, il baisse à nouveau le visage vers la terre, il se baisse à nouveau pour écrire. Et en agissant ainsi, il laisse chacun avec sa conscience. Chacun est libre de sa prise de conscience, personne n’est en train de les juger, personne ne va vérifier qui part en premier, qui hésite, qui a l’air honteux en repartant avec sa pierre…

Avec une sorte de délicatesse, il ne se fait pas intrusif dans cette prise de conscience, tout comme il s’est fait distant avec la femme pour ne pas ajouter du jugement au jugement. Il laisse à chacun le temps du chemin intérieur, le temps de la prise en compte de la réalité.

 

Nous connaissons bien la suite : les pharisiens et les scribes se retirent, les plus anciens en premier, est-ce pour le nombre de péchés accumulés, est-ce par sagesse, est-ce parce que les plus jeunes laissent les anciens prendre l’initiative du mouvement? Et il reste la femme au milieu de ce qui composait auparavant un cercle autour d’elle. La femme face à Jésus, la femme qui ne doit toujours pas comprendre ce qui est en train de lui arriver. Et Jésus l’envoie reprendre sa vie… enfin, pas vraiment la même, il l’envoie dans la vie en lui demandant de ne plus pécher… souhait vain certainement… mais ce qui est sûr, c’est que la femme et tous ceux qui entendent prononcer ces paroles n’auront plus le même rapport au péché, ils seront conscientisés et pourront plus facilement faire les bons choix.

 

Tout comme la semaine dernière avec la parabole du fils prodigue, on pouvait à la fois briguer la place du fils ainé et celle du fils cadet, je crois qu’il nous est possible également de nous retrouver à différentes places…

Comme dit au début, à la place de l’homme manquant aux côtés de la femme, devant payer pour toutes nos erreurs, nos péchés, nos manquements, nos petits et nos grands égarements… Au milieu de la foule, au milieu des doigts pointés pour condamner, pour juger.

 

Mais aussi derrière ces doigts tendus, si facilement tendus pour juger… Parce qu’il nous faut peu de temps pour poser un jugement, on est assez catégorique, et très rapidement !

Je ne sais pas vous, mais pour ma part, j’ai tendance à me faire une idée très rapide de la personne qui est en face de moi… Je la range vite dans des cases… enfin, c’est le premier réflexe… mais rapidement maintenant, je me dis : bon, qui est vraiment cette personne, pourquoi agit-elle ainsi, pourquoi parle-t-elle de cette façon? Et petit à petit je décloisonne tout le monde dans mon esprit et les cases s’écroulent…

Et c’est ce qui manque aux pharisiens et aux scribes du texte : ils ne s’intéressent pas du tout à la femme. Ils ont réussi leur coup, ils l’ont attrapé en flagrant délit… une vraie petite police des moeurs, ils avaient du être prévenus, et ils étaient tapis dans l’ombre pour pouvoir l’attraper!

 

Mais le pourquoi de l’acte de la femme… tout le monde s’en moque : elle est pécheresse, elle doit mourir!

Mais en s’intéressant un peu à elle, peut-être auraient-ils pu apprendre qu’elle était peut-être battue par son mari, ou qu’elle avait été mariée de force très jeune, trop jeune et qu’elle avait enfin rencontré le grand amour…  Est-ce que cela « enlève » au péché, non, mais permet de comprendre et peut-être de voir si il y a une autre issue possible à la situation… Mais ils s’en moquent, ils ont trouvé leur bouc émissaire qui va payer pour tous…

 

Le pire, c’est que d’une certaine manière on peut considérer qu’au commencement, Jésus ne s’intéresse pas à elle non plus : pas un regard, pas une parole, il détourne le regard. Lui non plus ne cherche pas à savoir qui est cette femme… mais lui n’en a pas besoin! Lui prend les hommes et les femmes comme ils sont et les aime ainsi. Il n’a pas besoin de connaitre les circonstances atténuantes, il l’aime cette femme. Comme il aime également les scribes et les pharisiens puisqu’il ne les juge pas, il leur donne une chance de poursuivre la vie dans une espérance nouvelle, avec une liberté retrouvée.

 

En Eglise, les doigts sont trop souvent tendus pour accuser, pour dénigrer, c’est triste, dans quelle espérance vivons-nous? Quel est l’avenir de l’Eglise, au sens universel du terme, si la principale occupation n’est pas de vivre l’Evangile, mais de rester tapi dans l’ombre en attendant de pointer une erreur, un dérapage ou tout simplement une initiative qui ne vient pas de nous… alors qui est forcement mauvaise. Quelle tristesse que de garder ces doigts pointer car ils se fatiguent à rester tendus alors qu’ils pourraient se baisser pour écrire, dessiner… dessiner une espérance, écrire l’avenir de l’Eglise…

En tout cas, si un jour, en interpellant une personne, vous l’apercevez se baissant et dessinant sur le sol, interrogez-vous… vous y êtes peut-être allés trop fort… il y a nécessité à ce que le dialogue soit rétabli… Nécessité d’oeuvrer ensemble à l’émergence du Royaume et non pas à celle d’egos démesurés! Amen

 

 

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